15.05.2012
INDE TRAVAIL DE ENFANTS
©alain Thomas
Cette photo prise en Inde sur les marches d'une maison haveli de Jaisalmer cache bien par sa candeur artisitique toute une symbolique inacceptable pour nos sociètés contemporaines depuis la prise de conscience de Karl Marx lorsqu'il visite les ateliers et les mines du nord du Royaume Uni dans le milieu du 19eme siècle. L'essor de la révolution industrielle d'alors avait une vision pragmatique de la main d'œuvre, certainement inspirée par les habitudes de la paysannerie. Aucune bouche ne doit être improductive dès l'instant qu'elle peut parler... Le gamins sont donc portés sur cette scène improvisée par des parents musiciens alors qu'ils ne sont pas à l'école. Certes, on est en droit de penser que c'est une activité de loisir. Mais non c'est bien une activité rémunératrice pour leurs parents. Peut être deviendront-ils des chanteurs de Queen, d'un groupe de rock ou bien de grands danseurs. Il faut noter qu'aucune filles n'est présentes sur ce petit podium. Sans doute par tradition séculaire d'une séparation culturelle entre les deux sexes.
Le gitans viennent de cette contrée d'Inde.
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14.05.2012
Rocio Molina le flamenco de notre temps
Légende photo : Une danse de mariage à Alamut en Iran. Loin du flamenco mais près de la danse populaire.
©alain Thomas
Le Flamenco reprend le flambeau du moderne
Rocio Molina, étoile reconnue d’une danse d’expression populaire dont elle écrit les lettres de noblesses.
Rocio Molina écrit sur scène une calligraphique contemporaine du flamenco. Vive, rebelle, amoureuse, langoureuse, violente, joyeuse, ombrageuse, gracieuse, elle grave dans l’espace une gestuelle codifiée tandis que ses pas frappés font résonner l’âme bruyante de cette danse populaire née en Andalousie. A vingt-huit ans, la danseuse qui partage avec Picasso le même lieu de naissance : Malaga, propose sa déclinaison du flamenco du XXIème siècle. Trempée dans l’ascèse de la répétition, du travail des gammes de la danse, elle surprend par l’inventivité de sa performance. Accompagnée par d’Eduardo Trassierra à la guitare, de Jose Angel Carmona au chant et à la mandoline, de Jose Manuel Ramos, aux palmas y compàs (rythmique des mains et des pieds), elle captive pendant une heure et demi l’audience de l’immense salle du palais de Bozar à Bruxelles. Un paradoxe certain au vue du lieu et du nombre de spectateurs, pour cette danse de la rue, des réunions familiales, des places publiques, des cabarets, pure expression du mélange des siècles et des peuples du sud de l’Espagne. Juifs, arabes, gitans, ibères, tous ont apporté une pierre à l’édifice mouvant, sans véritables fondations historiques, du flamenco. Lorsque Rocio Molina, de son talon rageur écrase sur scène le verre de vin qu’elle vient de finir goulûment, est-ce une référence au rite du mariage juif lorsque le verre est brisé à la synagogue ? ou bien est-ce pour marquer une défiance affirmée aux délices et dangers de l’ivresse prophétisés par l’islam ? ou bien encore pour marquer l’emportement sentimental provoqué par le vin, souvent vivement regretté lorsque l’effet émollient de la liqueur fait disparaître les effets de la passion ? Dans l’expression strictement codifiée de son art, elle transpose librement toutes les formes de cette passion. Celle de la souffrance christique dans ces litanies plaintives entonnées par ses musiciens qui résonnent aussi comme les chants des mosquées du culte chiite rappelant les martyrs Ali et Hussein. Cette passion encore exprimée dans ces temps forts symbolisant ses révoltes. Dressées les bras au ciel, tel un scorpion prêt à donner la mort à son partenaire, son expressionnisme passionnel se retrouve soudainement écrasée par la botte lourde, sonore de l’amour ou celle de la domination physique de l’implacable loi des hommes. Sa danse reste un hymne à cette révolte effrontée car jamais l’échine n’est courbée.
Dans une tenue épurée des falbalas et dentelles des habituelles robes andalouses, en juste-au-corps et collants tombant au-dessous des genoux, elle martèle harmonieusement la terre tandis qu’elle implore ou prend à témoin le ciel de ses arabesques sensuelles et délicates. Pour quelques instants, elle s’offre comme seule excentricité vestimentaire, une pièce de coton, une sorte de grand foulard, nouée autour de sa taille. Comme seul accessoire, l’éventail souffleur de vent et dissimulateur d’émotions, puis, plus sophistiqué, un tambourin éclairé de petites diodes luminescentes éclaire comme une lune, le noir d’une de ses séquences de danse. Alors que le martèlement sonore de ses pieds, n’est pas du registre de la douceur délicate du déplacement des danseuses cambodgienne de cour khmer. Pourtant, ses positions frontales, son buste opulent et généreux, la délicatesse rituelle, des calligraphiques arabesques de ses doigts font immanquablement penser aux Apsaras. Les danseuses du paradis des bouddhistes représentées sur les bas-reliefs du temple d’Angor Wat. D’autres similitudes, des influences réapparaissent avec les bharata natyam et le kathakali dans la grammaire des gestes de ses bras, des mains, tout au long du spectacle. Si ces deux danses traditionnelles, elles aussi très codifiées, trouvent leurs origines dans le sud de l’Inde. Alors que la descendance blonde d’un borgne populiste essaie de nous convaincre, avec un certain succès, que notre avenir serait au protectionnisme culturel et ethnique, le peuple gitan, acteur, diffuseur influent du flamenco, originaire du nord de l’Inde est arrivé dans le sud de l’Espagne. Un raccourci d’une mondialisation nomade commencée depuis bien longtemps. Une preuve s’il en est, que même les préceptes rigoureux de la science s’appliquent mystérieusement aux choses de l’art et de la danse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Tandis que Rocio Molina invite le flamenco dans le tourbillon créatif de son temps.
Alain Thomas
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12.05.2012
VIETNAM : LE CA TRU UNE MUSIQUE DE COUR À HUÊ

Photo©Dat
La salle de l'impératrice dans le palais impérial de Hué transformée pour le festival culturel en salle de concert de Ca Trù, une musique de cour ancienne. Classé patrimoine mondial immatériel de l'Unesco, cette tradition de chanson datant du XIeme siècle se perpétue dans le Vietnam communiste. Ce concert mémorable me transporta par ses mélopées dans l'imaginaire musical d'une civilisation si éloignée de l'Europe. Un instant rare d'un rêve éveillé dans l'âme d'une nation séculaire.
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08.05.2012
LE VERRE EST DANS LE FRUIT ET LES FLEURS
©alain Thomas
Dale Chihuly, artiste américain a fait du verre le matériau versatile de son expression artistique. Visite d’une exposition à Londres
« Peu importe la destination, seul le chemin compte ». Néanmoins, il est vrai que l’on aime quelques fois presser le pas, tant le but du voyage semble excitant. Ainsi, pour se rendre à l’exposition de l’artiste américain Dale Chihuly, notre mise en condition des sens, s’effectue avec des références absolues de l’histoire de l’art et de son prospère marché. Depuis Oxford Street, temple urbain du consumérisme marchand appelé shopping, il faut descendre tout le long de New Bond Street, une des rues londoniennes du luxe discret et des joailliers bling-bling. D’un coté du trottoir, Sotheby’s exhibe dans sa vitrine, une copie du pastel du Cri d’Edvard Munch. L’œuvre est devenue depuis, « championne du monde » des enchères avec un prix de vente de 119,9 millions de dollars. De l’autre coté de la rue un portrait au gilet rouge de Bonnard s’offre gratuitement aux regards des passants,dans la vitrine d’une galerie,
A l’Alcyon Gallery, construite pour le commerce de l’art en 1911 par les architectes Lancaster and Rickards, Dale Chihuly, le prolifique artiste américain présente ses œuvres de verre en dialogue avec quelques toiles.
Déjà, le long du chemin, notre curiosité avait été interpellée par cette sculpture suspendue au beau milieu de la circulation le long d’Hyde Park. De la plateforme supérieure des célèbres bus londoniens apparaît sur le terre-plein central de la chaussée, un objet incongru, lumineux, dans le paysage printanier, vert tendre, du célèbre parc du centre de Londres. Des petites sphères entourées de boucles échevelées d’un exubérant orange et jaune, suspendues au sommet d’une pyramide d’aluminium créent un jalon urbain inédit, brûlant de couleurs, d’un dynamisme orienté vers le ciel. Cette sculpture de verre soufflé répond par ses boucles dressées, au jaune des milliers de jonquilles du parc. Elles aussi dressées vers le ciel dans un hymne organique aux formes et à la couleur. Une constante dans l’expression des œuvres de Dale Chihuly.
A peine franchi le seuil de la galerie, l’œil est violement pris à parti. Une corbeille de fruits géante, sorte d’arche de Noë botanique remplie de formes florales, de cucurbitacées translucides, de calebasses roses surmontées d’excroissances piquantes irradie ses couleurs chaudes.
« L’une de mes inspirations les plus importantes est le verre en lui même. L’acte de souffler le verre, cet événement merveilleux du souffle d’un homme dans une canne, avec l’apparition d’une forme » Dale Chihuly voit le jour en 1941 aux Etats-Unis, à Tacoma dans l’état de Washington. Fils d’un boucher engagé dans le syndicalisme et d’une mère passionnée de fleurs et de jardins. Il se forme dès 1961 aux techniques de moulage et de fusion du verre. Après de nombreux voyages durant ses études, une fois son diplôme d’architecte d’intérieur obtenu en 1965, en 1968, il se rend dans les ateliers Venini à Venice. Lieu de formation, de transmission de secrets jalousement gardés, depuis des centaines d’années, par ces corporations de verriers souffleurs de verre. Cette observation des techniques italiennes sera déterminante. De retour dans l’état de Washington, il co-fonde la Pilchuck Glass School. De ce lieu emblématique de l’avant-garde contemporaine de la production d’ œuvres en verre émergera la transition d’un artisanat d’art vers une expression d’art total. « Je ne sais pas si une chose peut être trop colorée. La couleur est une des grandes propriétés du verre. Elle y est beaucoup plus intense dans le verre que dans n’importe quel autre matériau. Imaginez entrer dans la cathédrale de Chartres et observer la rosace : vous pouvez voir un carré de verre rouge de 6,4cm2 à une distance de 900mètres.» Dale Chihuly transformé des objets fonctionnels tels que ces immenses lustres des châteaux en cristal de Murano, en une œuvre. Il n’est plus question d’éclairer une pièce d’un bâtiment. Ses chandeliers protéiformes sont dépourvus de lampes, d’ampoules. Eclairés par la lumière du jour ou artificielle, le souffle invisible des photons viennent donner forme à ses sculptures d’un dynamisme excentrique né du souffle de l’homme. A ses débuts, il confectionnait des tapisseries intriquant du verre dans les trames de laine ou d’autres matières textiles . Ses œuvres s’inspiraient alors des motifs des tapis des indiens Navajos et de leurs paniers tressés.
« Mon travail s’inspire de la chaleur et de la gravité terrestre.» Souffler dans une boule rougissante de matière molle qui s’étire sous la force gravitationnelle dans l’urgence, confère aux sculptures de Dale Chihuly cette perfection organique.
La visite de cette exposition londonienne s’apparente à une plongée sous-marine dans un élément aux créatures et aux formes venues d’un autre monde.Méduses, algues, anémones, fleurs oniriques. Trop colorées pour être vraies, ces formes tempétueuses ondulent dans l’espace comme les champs d’algues répondent aux sollicitations invisibles des courants. Si Dale Chihuly confie qu’il préfère rester en dehors du débat théorique de l’art et de l’artisanat d’art. Néanmoins, il a initié un courant artistique où le sable siliceux du verre transformé par son souffle créatif a formé une vaste plage dans l’océan du marché de l’art.
Alain Thomas
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